Photo: Omar Sy et Alassane Diong dans "Tirailleurs" de Mathieu Vadepied. (Marie-Clémence David - Unité - Korokoro - Gaumont - France 3 Cinéma - Mille Soleils - Sypossible Africa)
Le 18 mai avait lieu la projection de "Tirailleurs" au Festival de Cannes 2022, section "Un certain regard".
« Tirailleurs » est un film de Mathieu Vadepied, avec Omar Sy dans le rôle principal, évoquant les Tirailleurs Sénégalais à la fin de la première guerre mondiale.
L'uniforme des tirailleurs sénégalais, tout comme celui du reste de l'armée Française subit au cours du conflit de nombreuses transformations uniformologiques, parfois complexes.
Voici quelques points uniformologiques qu'il convient de retenir:
Les tirailleurs sénégalais entament le conflit en gris foncé et gris de fer bleuté.
Ils reçoivent tardivement leurs effets bleu-horizon au cours de l'hiver 1915-1916.
Mais à l'arrivé du kaki, ils sont les premiers, parmi les troupes coloniales, à bénéficier de ces nouveaux effets, courant 1916. La période en bleu horizon des tirailleurs est donc très courte.
A l'arrivée du kaki, les bataillons combattants du théâtre français ont abandonné le bleu horizon au profit des unités de dépôt et bataillons d'étapes, si bien que les bataillons combattants n'ont été équipés en bleu horizon que de décembre 1915 à janvier 1916.
Sauf la capote qui n'a pas été fournie en kaki avant la fin du conflit.
les Bataillons de Tirailleurs Sénégalais reçoivent précocement l'insigne avec ancre encâblée sur le casque Adrian.
Mais celui-ci, tout comme la capote, n'est pas kaki mais de couleur gris bleu.
La chéchia est généralisée comme coiffure de repos, donc sans couvre-chéchia, à partir du 10 janvier 1917.
Tous les bataillons de tirailleurs sénégalais n'étaient pas des unités combattantes. On distingue les bataillons de marche des bataillons d'étape en charge de la sécurité de l'arrière (nœuds ferroviaires, entrepôts de munition ...) non engagés sur le front.
Certains BTS n'ont été engagés qu'aux Dardanelles ou sur le front d'Orient exclusivement.
Pour les pattes de col du paletot, la situation est complexe. Par manque de texte spécifique concernant les TS, vont coexister deux situations découlant du règlement du 9 décembre 1914 s'appliquant aux troupes coloniales :
- 1.
ancre en drap jonquille découpé et cousu, surmontée de deux soutaches écarlates en chevron inversé.
- 2.
ancre écarlate avec ou sans soutaches.
Le BO du 10 janvier 1917 tranche pour la première version.
La circulaire du 7 novembre 1917, précise que le numéro du BTS doit figurer sur la patte de col, en drap jonquille découpé cousu, au-dessus de l'ancre. A l'occasion, l'ancre est réduite à une hauteur de 3cm.
Le Bulletin Officiel du 25/12/1917 complète cette circulaire et officialise, en plus, la suppression des soutaches écarlates.
Donc, pour la période de janvier 1916 à la fin du conflit, les unités combattantes de tirailleurs sénégalais engagés sur le territoire français portaient des éléments panachés: un paletot et une culotte kaki et un casque (à l'ancre) et une capote bleu horizon.
Pour illustrer la tenue des TS, on ne saurait que conseiller les 5 autochromes de la collection Abert Kahn accessibles en ligne : https://collections.albert-kahn.hauts-de-seine.fr/ qui donnent une bonne idée de la teinte kaki des paletots, culottes et bandes molletières et le bleu du casque Adrian.
Malheureusement, il n'existe pas, à notre connaissance d'autochrome, présentant les tirailleurs sénégalais en capote. Cependant, ce cliché de l'ECPAD montre idéalement le panachage entre ces différents éléments kakis et bleus.
Fontaine-lès-Cappy (Somme). Distribution de la soupe aux sénégalais par cuisine roulante (29 juin 1916). [légende d'origine] Photographe(s) : Amédée Alphonse Eywinger ©ECPAD
Pour en savoir plus sur les tirailleurs sénégalais, je conseille la lecture de cet exceptionnel ouvrage: "Héros méconnus 1914-1918 1939-1945 Mémorial des combattants d'Afrique noir et de Madagascar" publié par l'association Frères d'Armes: